Peuvent-ils encore stopper l’effondrement de la société japonaise ?

“Ce qui m’a le plus marqué au Japon, c’est la sécurité et l’honnêteté des gens.” Combien de fois a-t-elle entendu cette phrase on ne peut plus vraie ? Et pourtant…
La société japonaise change et ils en voient des preuves de première main : une baguette (de pain, cela vaut le coup de le préciser dans ces circonstances) laissée dans le panier du vélo devant un supermarché VOLEE, deux parapluies laissés accrochés aux vélos DISPARUS, deux prospectus POLLUANT leur panier de vélo…
Au regard de ces faits tragiques, un dilemme se présente à eux : attraper les prospectus et les jeter violemment dans le panier du vélo voisin (non, pas par terre quand même) pour atténuer les affronts successifs qu’ils ont subit depuis plusieurs mois ou mettre un frein à cette escalade malsaine ? Comment arrêter cette engrenage incensé d’incivisme patent qui ronge la société japonaise et sape ses fondements même. L’âme du Japon plus que millénaire, ne réside-t-elle pas dans cette résistance passive aux agressions extérieures mêlée à une sainte résignation au profit du groupe, une renonciation du singulier face au collectif pour exalter cette jubilation qu’il y a à vivre ensemble avec 338 autres de ses compatriotes sur un kilomètre carré (moins que la Belguique) ? Reporter le papier polluant sur le plus proche vélocipède nippon pouvant entrainer une réaction en chaîne à la manière de toute réaction chimique impliquant des “trous” ou des “électrons”, ils portaient la responsabilité du destin de la société japonaise telle qu’elle avait été inspirée par l’ère Meiji. Imbibé par l’esprit latin et en marge d’une société grégaire qu’il leur était hermétique, ils pouvaient choisir d’un geste souverain de laisser s’effondrer la civilisation du soleil levant.
Le civisme n’étant point un dû et ils ont opté pour la première solution comme il se doit !
La vérité est toute autre : les faits précédents étaient bien réels. Des choses regrettables sont arrivées autour de leur vélo (seul réel contact avec la société japonaise), mais à la vue de l’extraordinaire rareté de ces actes en trois mois de vie commune, il faut admettre qu’ils vivent dans un environnement bien protégé. Ils n’ont bien sûr pas cédé à la tentation de se débarasser sur le champ des papiers et des poubelles qu’ils retrouvent, rarement, dans leur panier de vélo. C’était la moindre des choses, étant donné leur confort quotidien. Par contre, ce choix leur oblige de porter ces poubelles jusqu’à leur domicile vu le peu de poubelles offertes par la ville. Ceci n’est pas une moindre affaire cependant car il faut reconnaître le fait que la gestion des poubelles à domicile est très tendue.
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